Hijama, cupping ou ventouses : est-ce la même chose ?
Trois mots pour un même geste, mais pas pour les mêmes personnes. D'où viennent ces termes, lequel employer selon le contexte, et ce que la distinction change vraiment quand on veut pratiquer.
Vous cherchez à vous former, et vous tombez sur trois appellations. Une école parle de Hijama, une autre de cupping therapy, une troisième de technique des ventouses. Faut-il en conclure qu’il s’agit de trois pratiques distinctes, ou d’un même contenu vendu sous des étiquettes différentes ? La réponse courte : c’est le même geste. La réponse utile est un peu plus longue, parce que le mot que vous choisissez dit quelque chose de votre public, et parfois de votre cadre professionnel.
Un seul geste, trois héritages
Le principe est commun aux trois : appliquer une ventouse sur la peau, créer une dépression, et laisser l’aspiration agir localement. Ce qui change, c’est d’où vient le mot.
Hijama vient de l’arabe, de la racine qui signifie aspirer. Le terme s’inscrit dans la médecine prophétique et reste très employé dans les communautés musulmanes, en Suisse comme ailleurs. C’est un mot chargé d’une tradition, pas seulement une désignation technique.
Cupping therapy est l’appellation anglaise. Elle a connu une seconde vie médiatique aux Jeux olympiques de 2016, quand les marques circulaires sur le dos des nageurs ont fait le tour du monde. Depuis, le mot circule dans le milieu sportif, la récupération physique et le bien-être grand public.
Thérapie par ventouses, ou simplement ventouses, est la formulation française. C’est la plus neutre, et surtout c’est celle qu’emploient les registres suisses de médecines complémentaires. Si vous consultez les listes de disciplines de l’ASCA ou du RME, vous y chercherez le mot Hijama en vain : vous y trouverez les ventouses, généralement rattachées au cadre de la naturopathie ou de la médecine traditionnelle chinoise.
Trois mots, donc, mais pas trois publics identiques. Et c’est là que le choix cesse d’être anodin.
La seule distinction qui change le geste
Si une différence mérite votre attention, elle n’est pas linguistique. Elle est technique, et elle sépare deux façons de poser les ventouses.
La pose sèche, que l’anglais appelle dry cupping, consiste à créer l’aspiration sans jamais entamer la peau. La ventouse marque parfois un rond rougeâtre passager, puis on la retire. C’est le geste le plus simple, et le moins engageant.
La pose humide, ou wet cupping, est précédée de micro-incisions superficielles. L’aspiration s’accompagne alors d’un prélèvement de sang en très petite quantité. C’est cette variante qui correspond à la Hijama au sens strict dans la tradition, et c’est elle qui impose une rigueur d’un tout autre niveau : matériel à usage unique, asepsie, gestion des déchets piquants, connaissance des contre-indications, conduite à tenir en cas de malaise.
Nous avons détaillé cette distinction dans un article dédié, Hijama sèche ou humide, quelles différences ?. Retenez ici l’essentiel : quel que soit le mot employé sur la brochure, demandez toujours si la formation couvre la pose humide, et comment elle l’encadre. C’est la vraie question.
Quel terme employer, et quand
Si vous vous formez pour exercer, vous aurez besoin des trois, selon l’interlocuteur.
Face à une clientèle qui vous cherche par conviction ou par tradition, Hijama est le mot juste, et l’employer autrement serait maladroit. Face à un public sportif ou simplement curieux, cupping parlera davantage, parce que c’est le terme qu’il a rencontré. Dans un dossier administratif, une demande d’agrément ou un échange avec une assurance complémentaire, écrivez ventouses : c’est le vocabulaire des registres.
Un mot sur une formulation qui circule beaucoup et qu’il vaut mieux éviter à l’écrit : « cupping thérapie ». C’est un hybride entre l’anglais et le français qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre. Préférez cupping therapy si vous employez l’anglais, ou thérapie par ventouses en français.
Ce que cela implique si vous voulez pratiquer
Le vocabulaire ne détermine ni votre droit d’exercer, ni la qualité de votre formation. En Suisse, la pratique des ventouses comme soin de bien-être n’est pas un acte médical réservé, à la différence par exemple du prélèvement sanguin à visée diagnostique. Elle s’exerce dans le cadre des médecines complémentaires, avec les responsabilités que cela suppose en matière d’hygiène et d’information de la personne reçue.
Deux points valent d’être vérifiés avant de vous engager quelque part. D’abord, le contenu réel : formation à la pose humide ou uniquement sèche, temps de pratique effectif, encadrement par des personnes qualifiées sur les questions d’asepsie. Ensuite, la perspective de reconnaissance : si votre projet est de facturer à des assurances complémentaires, renseignez-vous sur les exigences horaires de l’ASCA et du RME, qui raisonnent en cursus de naturopathie et non en modules isolés.
Et chez Anavé
La formation Hijama à Genève couvre les deux poses, sèche et humide, sur trois jours consécutifs en petit groupe. L’encadrement est assuré par des soignants diplômés, un médecin, une sage-femme et une infirmière diplômée ES, précisément parce que la pose humide engage l’hygiène et la sécurité du geste.
Nous employons le mot Hijama parce que c’est celui de la majorité des personnes que nous formons, et parce qu’il nomme la pratique dans son entier, pose humide comprise. Cela ne nous empêche pas de reconnaître que le geste s’appelle aussi cupping, et qu’il s’écrit ventouses dans les dossiers. Ce sont trois façons de dire la même chose, et savoir naviguer entre elles fait partie du métier.